Le fronton du Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris. (Crédits: Adobe Stock)
Par Mark Dowding, Chief Investment Officer, BlueBay Fixed Income
Il est assez préoccupant de constater que les spreads de crédit souverain de la France atteignent, voire dépassent, ceux de pays notés BB, relevant de la catégorie spéculative, tels que l'Afrique du Sud, la Géorgie, l'Albanie et la République dominicaine. On peut dès lors se demander si les OAT ne pourraient pas bientôt commencer à offrir une valeur relative intéressante aux investisseurs spécialisés dans les marchés émergents.
À bien des égards, les niveaux de spreads se rapprochent d'un équilibre instable. À mesure que les tensions s'accentuent, le risque est de basculer dans une véritable crise avant les élections, si l'intégrité même de l'État français venait à être remise en question. Pourtant, la situation actuelle crée des opportunités de valeur à long terme, à condition de ne pas assister à la fin de la Ve République, suivie d'une dérive vers l'anarchie, le défaut de paiement et l'éclatement de la zone euro.
Le souvenir des investissements réalisés pendant la crise de la dette souveraine européenne reste profondément ancré dans nos mémoires. À cet égard, il est intéressant de constater que de nombreux investisseurs qui achetaient régulièrement de la dette française lorsque les OAT s'échangeaient avec un spread de 50 points de base au-dessus des Bunds allemands n'envisagent même plus aujourd'hui de renforcer leurs positions. Ce comportement peut entraîner des distorsions de marché et des mouvements excessifs, en particulier lorsque les hedge funds systématiques et les CTA, ou fonds de suivi de tendance, vendent leurs positions en réaction aux signaux de tendance.
La France ne pourra toutefois pas assurer son avenir durablement si les spreads de sa dette continuent de s'écarter à partir de leurs niveaux actuels. Et sans la France, l'avenir de l'Union européenne serait lui aussi fortement compromis. Conscients de cet enjeu, les décideurs politiques chercheront à faire front commun, comme ils ont déjà su le faire avec succès par le passé.
Dans ce contexte, nous serons attentifs aux déclarations de Christine Lagarde lors de la réunion de la Banque centrale européenne la semaine prochaine. Nous sommes donc plutôt enclins à anticiper une certaine stabilisation des marchés dans les prochains jours. L'expérience nous a finalement appris qu'il existe toujours des opportunités d'achat lorsque les autres investisseurs cèdent à la panique et cherchent à sortir du marché.
Points clés
- Taux français : le rendement des obligations françaises à 10 ans a dépassé 5%, tandis que l'écart de rendement avec les Bunds allemands a franchi les 175 points de base, une première depuis 2011. Cette hausse intervient dans le sillage des émeutes en France, qui accentuent les inquiétudes liées au risque de crédit souverain.
- Le signal du marché obligataire : le marché obligataire exige de facto un changement de cap des autorités françaises afin qu'elles reprennent le contrôle de la dégradation des finances publiques, marquée par l'aggravation du déficit et l'alourdissement de la dette publique.
- Crédit souverain en zone euro : nous contestons l'idée selon laquelle la stabilité de l'Union économique et monétaire (UEM) serait remise en question et continuons de déceler des opportunités sur le crédit souverain de la zone euro, les spreads des indices se situant à leurs niveaux les plus élevés depuis plusieurs années.
- Marchés américains : les marchés ayant déjà largement intégré l'hypothèse d'une hausse des taux de la Réserve fédérale (Fed) la semaine prochaine, les rendements des bons du Trésor américain ont légèrement reculé dans un mouvement de recherche de valeurs refuges, tandis que les actions et le crédit ont subi quelques pressions.
- Perspectives sur les taux américains : les signes de faiblesse dans le secteur technologique laissent entrevoir un possible ralentissement de la dynamique économique d'ici à 2027, ce qui plaiderait pour un nombre de hausses de taux de la Fed inférieur à celui actuellement anticipé par les marchés. Toutefois, la hausse des prix de l'énergie demeure un facteur de risque, susceptible de prolonger une période d'inflation supérieure aux attentes.
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